LE QUÉBEC AUX OLYMPIQUES

 

Le Québec aux Olympiques:

…tout comme l’Irlande!

QUÉBEC PRESSE — Revue de presse

MONTRÉAL — Le jeudi 19 août 2016

Par Mathieu Bock-Côté, chroniqueur au Journal de Montréal.

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Sociologue (Ph. D), chroniqueur, figure marquante de la vie intellectuelle québécoise, Mathieu Bock-Côté collabore à Débat, à Commentaire et au Figaro. Auteur de plusieurs livres dont ce dernier ouvrage remarquable: LE MULTICULTURALISME COMME RELIGION POLITIQUE, aux Éditions du Cerf, en 2016 à Paris.

 

Le Bloc québécois a mis le Canada anglais en rogne. Il a diffusé sur les médias sociaux une vidéo où on voit un athlète québécois remporter une médaille d’or aux Olympiques.

Évidemment, on comprend que l’athlète ne remporte pas sa médaille au nom du Canada, mais bien au nom d’un Québec devenu indépendant.

Apparemment, cette simple idée était scandaleuse. Les commentaires haineux se sont multipliés. On a accusé le Bloc de gâcher les jeux en les politisant.

Apparemment, imaginer le Québec aux Olympiques, ça ne se fait pas.

NORMALITÉ

Les Lettons peuvent participer aux Olympiques au nom de la Lettonie. Les Français, au nom de la France. Les Égyptiens, au nom de l’Égypte. Et les Allemands, au nom l’Allemagne. Pourquoi les Québécois ne pourraient-ils pas y représenter le Québec?

Je sais bien que le Québec est encore, pour l’instant, dans le Canada, mais l’hypothèse même d’un Québec souverain est-elle si horrible qu’il ne faille jamais la mentionner?

Le sport contribue pour beaucoup à la fierté d’un peuple. Aujourd’hui, les nations ne s’affrontent plus par armées interposées, mais par sportifs interposés. Les exploits des athlètes font rayonner, le temps de la compétition, tout un pays.

On peut s’en désoler, mais c’est ainsi.

Les Olympiques sont fondamentalement politiques et quiconque dit le contraire s’enfouit la tête dans le sable. Les pays investissent des millions et des millions pour faire gagner leurs athlètes.

Il suffit d’ailleurs de voir le Canada jouer de la trompette chaque fois qu’un Canadien gagne une médaille pour s’en convaincre.

Le Québec, lui, se fait interdire cette part de fierté. C’est une province. Pire encore: il se la fait voler. Les exploits de ses athlètes sont détournés pour contribuer à la gloire d’un pays qui refuse de reconnaître dans sa constitution notre existence comme peuple.

Ce n’est pas nouveau, me répondrez-vous peut-être. Le Canada nous a volé notre nom – parce qu’à l’origine, nous étions les Canadiens. Il nous a chipé notre hymne national. Il peut bien,  aujourd’hui, nous voler nos athlètes de manière décomplexée.

Fierté

Mais les Québécois ne se laissent pas bluffer. Ils célèbrent avec beaucoup plus d’enthousiasme un athlète de Trois-Rivières qu’un autre de Vancouver.

Cela ne veut pas dire qu’ils ne savent pas admirer la performance sportive de ce dernier. Quand un athlète se démarque, nous applaudissons de bon cœur.

Mais le lien affectif est plus fort lorsque l’exploit vient d’un de nos compatriotes, pour le dire simplement.

Dans un monde normal, notre drapeau ne serait pas absent aux Olympiques, non plus que dans toutes les autres compétitions sportives qui se déroulent sur le globe.

Nos athlètes porteraient nos couleurs, ils feraient la fierté de leur pays, ils pourraient chanter notre hymne national et nous pourrions le chanter avec eux.

Le monde entier saurait que nous existons.

Le Québec aux Olympiques? Un jour, nous y serons.

SUR LE MÊME SUJET

Lettre au Devoir.

Le Canada et le Québec à Rio

17 août 2016 | Hubert Larocque Gatineau, le 15 août 2016 | Actualités sportives

On se souvient de la fable de La Fontaine Le loup et l’agneau. Un agneau boit dans un ruisseau bien innocemment. Un loup survient en aval et feint de boire à son tour. Comme il veut dévorer l’agneau et qu’il l’a décidé sans appel, il accuse l’agneau de troubler son eau, ce qui est bien impossible vu sa position sur le cours de l’eau, et de plusieurs autres crimes imaginaires.

 On a vu récemment quelques défenseurs du fédéralisme, probablement mandatés et payés de haut, feindre de s’enflammer contre la gent « souverainiste ». Le crime de celle-ci : avoir souhaité que les athlètes québécois présents à Rio ne soient pas confondus dans la masse des provinces anglaises et que leur origine québécoise soit bien soulignée. La suggestion ironique de les voir monter sur le podium enveloppés par le fleurdelisé au lieu du rouge unifolié a été qualifiée, au premier degré, de « dérapage souverainiste », de crime de lèse-Canada. Pourtant, du même souffle, ces vierges offensées reconnaissaient que les Jeux de Rio étaient, entre autres et surtout, une opération de promotion de l’identité canadienne et par conséquent de l’effacement du Québec.

 On peut sans doute déplorer que les athlètes québécois en soient réduits à se travestir en « Canadiens » pour accéder à la notoriété internationale. Au lieu de présenter comme un crime — on se demande bien lequel — le fait de le constater, un journaliste honnête devrait souligner que cette situation découle du statut politique du Québec et que ledit statut implique une responsabilité collective dont nul, y compris les athlètes, ne saurait s’innocenter complètement.

 Est-il besoin d’énoncer que le voeu d’un certain commentateur que, pour la durée des Jeux, l’on fasse trêve de « querelles » en laissant tout le champ libre au fédéral, on y cesse toute vision critique, on s’agenouille dans une aveugle et exclusive adoration du podium, est d’une parfaite et superlative partialité ? Il s’agit d’un laissez-passer sans limites, d’une permission sans frein à l’absolutisme de la propagande canadienne. « Tu troubles mon eau ! »

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