INDÉPENDANCE DU QUÉBEC: JOLIVET SE CONFIE

REVUE DE PRESSE — Le Devoir, Montréal, Québec

 

«De l’indépendance si difficile à réaliser» — Jean-Pierre Jolivet

«Vous comprenez maintenant mon idéal, pour ne pas dire mon rêve, de voir un jour le Québec devenir indépendant.»
«Vous comprenez maintenant mon idéal, pour ne pas dire mon rêve, de voir un jour le Québec devenir indépendant.» Photo: iStock

Jean-Pierre JOLIVET. Un politicien charismatique, immensément populaire, devenu un Personnage.

«Dès ma tendre enfance, j’ai baigné dans une atmosphère d’indépendance. Mon grand-père maternel, Anatole Poirier, par sa famille, est issu de la déportation de l’Acadie. Des membres de sa famille sont passés par le nord des États-Unis avant d’aboutir au sud de l’Ontario pour finalement arriver à Montréal.

Anatole a uni sa destinée à celle de ma grand-mère maternelle, Victoria Papineau ; Papineau, ça nous dit quelque chose, hein ?

Quant à mon père, Julien Jolivet, il a été partisan du Bloc populaire (1942-1947), parti nationaliste du Québec sous la gouverne au fédéral de Maxime Raymond et au provincial d’André Laurendeau.

Et moi, dans tout cela ? Eh bien, j’ai été membre de l’Ordre de Jacques-Cartier (La Patente) qui voulait faire avancer les intérêts des Canadiens français catholiques, avant d’intégrer le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault. Comme plusieurs rinistes, j’ai ensuite milité pour le Mouvement souveraineté-association (MSA) de René Lévesque, avant de me présenter pour le Parti québécois et d’en devenir député.

Vous comprenez maintenant mon idéal, pour ne pas dire mon rêve, de voir un jour le Québec devenir indépendant. Tous les efforts investis jusqu’à maintenant pour y arriver sont aujourd’hui amoindris par la division des personnes et des groupes qui se disent souverainistes. Répartis entre le Parti québécois, Québec solidaire ou les membres ambivalents de la Coalition avenir Québec, ils font le jeu des fédéralistes réunis sous la bannière du Parti libéral.

Les libéraux ont compris que, pour gouverner, il fallait se fixer un but : gagner sans se demander dans quel régime on veut vivre.

Malheureusement, certains partisans de l’indépendance, avant même l’arrivée du pays, voudraient que l’on détermine le régime de ce nouveau pays (de droite, du centre, du centre droit, du centre gauche, de gauche) avant d’en obtenir le pouvoir de le créer.

Or pour créer ce pays de façon démocratique, il nous faut gagner une élection nous permettant ainsi de soumettre ce rêve aux électeurs. Tant et aussi longtemps que nous ne prendrons pas cette direction, nous permettrons aux libéraux et aux caquistes de gouverner selon leur vision de droite et fédéraliste.

La difficulté pour les souverainistes ou les indépendantistes, peu importe le vocable, c’est de s’entendre sur cette première étape, qui est de prendre le pouvoir afin de proposer ce rêve aux électeurs tout en gardant intact le régime qu’ils voudront et pourront proposer une fois la souveraineté obtenue.

L’arrivée de Vincent Marissal chez Québec solidaire est un exemple concret qui confirme mes dires. Par sa décision de se présenter contre Jean-François Lisée, il fait le jeu des libéraux tout en mettant en exergue la division des votes pour la souveraineté du Québec.

En 1995, les votes Non de Québec et de Montréal sont venus contrebalancer le souhait des régions qui, en majorité, avaient voté Oui.

À Québec, parce que des fonctionnaires provinciaux, échaudés par l’arrivée de fonctionnaires fédéraux transférés précédemment au Québec au ministère de la Main-d’oeuvre (avec leur ancienneté et leurs salaires plus élevés), ont eu peur de perdre leurs chances de promotion dans la fonction publique québécoise avec l’arrivée massive de fonctionnaires fédéraux advenant un Oui au référendum.

À Montréal, parce que la crainte de certains anglophones et de certains allophones associés au pouvoir de l’argent a fait basculer le vote vers le Non. De plus, le grand love-in des personnes venues des autres provinces a eu l’effet escompté par les stratèges fédéraux.

Tant et aussi longtemps que les partisans du Oui se diviseront entre diverses factions au lieu de viser le même but, soit obtenir le pouvoir permettant de proposer notre rêve au peuple, les partisans et les partisanes du Non, en votant en bloc du même bord sous l’emprise de la peur (ce qui est leur droit en démocratie), nous empêcheront d’obtenir le rêve que nous chérissons. À nous de décider si nous voulons la réunion et non la division de nos forces. La prochaine élection nous indiquera la voie à suivre.

AUTRE TEXTE:

«J’en avais la chair de poule» – Jean-Pierre Jolivet

(Par Bernard Lepage, L’Hebdo du Saint-Maurice, Shawinigan)

Il y a 40 ans, le 15 novembre 1976, un parti souverainiste mené par René Lévesque prenait le pouvoir pour la première fois de l’histoire du Québec. Le début d’une aventure qui allait durer 25 ans pour Jean-Pierre Jolivet.

Enseignant de carrière puis permanent syndical, c’est un père de famille de 35 ans qui est élu ce soir-là dans le comté de Laviolette. Le candidat du Parti Québécois avait mordu la poussière trois ans plus tôt contre le libéral Prudent Carpentier mais cette fois-ci, il prend sa revanche sur le député sortant. C’est même Gaston Fortin, futur maire de La Tuque et candidat de l’Union Nationale, qui terminera second.

Rejoint par TC Media, Jean-Pierre Jolivet évoque cette soirée historique comme si c’était hier. «Il tombait une belle petite neige ce soir-là. On avait balayé les libéraux pis en même temps, on avait mis un beau tapis blanc. C’était mémorable.»

Balayé n’est pas un euphémisme puisque du gouvernement libéral sortant, mené par Robert Bourassa, il ne restait plus que 26 députés le 15 novembre au soir alors que le Parti Québécois avait raflé 71 des 110 comtés que comptait la province alors.

«Quand on a réalisé ça, le poil était retroussé comme on dit. J’en avais la chair de poule.» Jean-Pierre Jolivet avait conscience de vivre l’histoire ce jour-là. « On ne peut pas vivre des moments fantastiques comme ça toute notre vie mais ce soir-là, ce fut extraordinaire », témoigne-t-il.

Durant la campagne, le candidat péquiste entendait des échos qui lui donnaient espoir de remporter le comté de Laviolette mais pas nécessairement que son parti puisse prendre le pouvoir. «J’avais la chance de rencontrer des camionneurs qui se promenait un peu partout au Québec et avec ce que j’entendais, on se disait: on ne gagnera pas mais on va faire une bonne opposition.»

Finalement, Jean-Pierre Jolivet l’emporte par plus de 2000 voix de majorité sur Gaston Fortin. Les résultats officialisés, il quitte alors son local électoral à Grand-Mère pour un aller-retour à La Tuque pour y saluer ses militants. Il reprend peu après la route 155 vers le sud pour rejoindre à Shawinigan les partisans d’Yves Duhaime qui vient de remporter le comté Saint-Maurice.

Reconnu comme un député près de ses commettants tout au long de sa carrière, on dira aujourd’hui que Jean-Pierre Jolivet aura retenu les premiers conseils de René Lévesque. « Quand nous avons été réunis une première fois, il nous a livré deux messages. Nous étions tous d’abord des députés et que notre première fidélité, c’était à notre comté. Et il nous a rappelé que notre parti allait prôner l’honnêteté et il tenait à ce que personne ne soit accusé de quoi que ce soit relié à notre fonction.»

Jean-Pierre Jolivet aura finalement été député de Laviolette pendant 25 ans. Il se retirera au printemps 2001 et continue encore aujourd’hui de s’impliquer au sein de sa communauté avec la même simplicité qui aura caractérisé sa carrière politique.

Avec la collaboration de Patrick Vaillancourt

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