Écosse, Catalogne, on recommence. MADRID ENVERRA-T-IL LES CHARS?

REVUE DE PRESSE, LE DEVOIR, MONTRÉAL. Les photos publiées sont à l’initiative de Québec-Presse.

NDLR: Québec-Presse: La question de l’indépendance du Québec rebondit à travers la planète en persuadant l’Écosse et la Catalogne de passer à leur tour aux actes démocratiques référendaires en raison d’une seconde offensive auprès de leurs électeurs respectifs. Rappelons que Terre-Neuve est entré dans le Canada confédéral qu’au second référendum de 1949… grâce à la supercherie de Londres qui outrageusement inversa  les chiffres du résultat en accordant 50% de Oui, contre 49% de Non. Sans la moindre guerre civile. L’histoire du peuple terneuvien était ainsi, bafouée, supprimée jusqu’à se faire avaler par le Canada anglo-muti-ethnique. Seul, le Québec résiste encore à ce melting-pot multiculturel anglo-saxon canadien.    

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Jean-Françcois Lisée, président du Parti québécois, parti indépendantiste. Chef de l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec, Lisée poursuit la reconquête du pouvoir avec un étonnant succès.

Madrid enverra-t-il les chars pour empêcher UN NOUVEAU RÉFÉRENDUM CATALAN?

Écosse, Catalogne, on recommence

François Brousseau

13 février 2017 | François Brousseau François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. | Europe | Chroniques

Lorsque, mercredi soir dernier, la Chambre des communes britannique a voté en faveur de la procédure de sortie de l’Europe engagée par la première ministre, Theresa May, les 54 députés du Parti national écossais (SNP) ont entonné l’Hymne à la joie de Beethoven, devenu hymne officiel européen.

Ils voulaient ainsi marquer leur dissidence devant la décision, par un vote écrasant de 494 à 122, qui engage le Royaume-Uni — et ses composantes nationales sans voix au chapitre — sur la voie du divorce formel avec l’Union.

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Mariano Rajoy, premier ministre espagnol.

La veille de cette décision fatidique, le Parlement d’Édimbourg avait, comme la députation SNP à Londres, inscrit sa dissidence par un vote de 90 à 34 en faveur du maintien de l’Écosse dans l’Union européenne. Vote purement symbolique puisque la Cour suprême de Londres avait déjà statué, le 24 janvier, que seul Westminster a le pouvoir formel de déclencher (ou de bloquer) le Brexit, décidé par un vote de 52 % à 48 % le 23 juin 2016.

Ce jour-là, les Écossais avaient été renvoyés à leur statut de minorité non étatique, avec leur préférence à 62 % en faveur de l’Europe… dont on ne tiendrait pas compte.

Cette dramatique dichotomie, mal vécue à Édimbourg et à Glasgow, relance aujourd’hui le mouvement indépendantiste écossais. Deux ans et demi après la défaite du 18 septembre 2014 (45 % pour l’indépendance, 55 % contre, dans une consultation dont les modalités avaient été convenues avec Londres), beaucoup d’Écossais seraient maintenant prêts à se séparer du Royaume-Uni… pour ne pas se séparer de l’Europe !

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Nicolas Sturgeon, première ministre écossaise.

Ce mouvement de l’opinion n’est pas massif (les tout derniers sondages donnent une égalité à 50-50), mais il se produit sans que le gouvernement d’Édimbourg ait officiellement remis l’indépendance sur la table. En principe, le référendum de 2014 était censé avoir réglé la question « pour une génération »… mais le Brexit change tout.

On chuchote que la première ministre, Nicola Sturgeon, va bientôt sortir un nouveau projet de consultation, avec un argumentaire tout prêt. Son prédécesseur, Alex Salmond, maintenant leader de la délégation SNP à Westminster, parle ouvertement de l’automne 2018. Et cette fois… avec ou sans l’accord de Londres.

Belle coïncidence, la semaine dernière, avec les derniers développements à Barcelone.

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Artur Mas, président indépendantiste de la Catalogne.

Là aussi — mais dans une dynamique différente —, l’indépendantisme se voit relancé au moment où l’idée européenne vacille sur ses bases et semble avoir de plus en plus besoin d’amis. Or, à Barcelone comme à Édimbourg, cet indépendantisme s’affiche ouvertement de gauche… et surtout pro-européen.

Toute la semaine dernière, c’est le procès contre l’ancien président Artur Mas et deux de ses proches, pour crime de « désobéissance », qui a réveillé l’envie de beaucoup de Catalans de se séparer de l’Espagne. Une Espagne qui, dans toute cette affaire, s’est montrée d’une intransigeance dogmatique. Pour Madrid comme pour les tribunaux espagnols proches du gouvernement de Mariano Rajoy, il n’existe pas — et n’existera jamais — une telle chose qu’un « droit à l’autodétermination » pour la Catalogne. Pas davantage que pour la Tchétchénie ou le Tibet…

Mas a été jugé pour avoir laissé se tenir — ou organisé en sous-main — le « processus participatif » du 9 novembre 2014, officiellement mis sur pied par des associations de la société civile et non par les instances politiques de Barcelone… bien que moralement soutenu, à l’époque, par l’ancien président.

Cette consulta n’avait aucune prétention juridique ou décisionnelle, mais se voyait comme un formidable sondage grandeur nature. Un gros tiers de l’électorat s’était rendu aux urnes, et 80 % des suffrages exprimés avaient appuyé l’option indépendantiste (aujourd’hui, les sondages sont plus près de 50-50). Mais même une consultation informelle, c’en était trop pour Madrid, qui avait fait intervenir les tribunaux. Lesquels, comme toujours, ont abondé dans le sens du gouvernement central.

Le verdict contre Mas pourrait être un bannissement de la vie politique pour plusieurs années. Mais avec, comme effet collatéral, de relancer un mouvement qui, depuis un an, semblait s’essouffler. Barcelone, avec l’actuel président indépendantiste Carles Puigdemont, a promis d’organiser une nouvelle consultation — décisionnelle cette fois — avant la fin de l’été 2017.

Madrid enverra-t-il les chars pour l’en empêcher ? Il y a du drame, du vrai drame à l’horizon… Face au défi renouvelé de la Catalogne et de l’Écosse, que fera le reste de l’Europe ? Détourner le regard, devant un possible déni de démocratie ?

 Yves CôtéAbonné
  • 13 février 2017 04 h 33
    Clin d’oeil…
    En forme de clin d’oeil québécois de sympathie pour les Ecossais et les Catalans :
    Pour tous les peuples dominés politiquement, tant que l’indépendance n’est pas faite, elle restera à faire.
  • Michel Lebel

    Michel LebelAbonné
    13 février 2017 11 h 33

    D’autres chats à fouetter!

    L’Europe a bien d’autres chats à fouetter que les questions catalane et écossaise. Bref, un Brexit, ça suffit, même si ce serait ici un Brexit à l’envers! Quant à la démocratie en ce domaine, disons seulement qu’il n’y a pas un modèle unique! Par exemple, la Constitution française dit bien que la France est une et indivisible. Alors, Bretagne et Corse, pas question d’indépendance!

    M.L.

  • Claude Bariteau

    Claude BariteauAbonné
    13 février 2017 11 h 50

    Le levier à ne pas négliger.

    De vos propos, il ressort que les Écossais et les Catalans, pour des motifs différents, sont à revoir leur démarche vers la création de leur pays respectif. Les premiers parce que, voulant faire partie de l’UE, n’ont eu droit qu’à un veto symbolique au sein de la Grande-Bretagne. Les seconds parce que Madrid leur refuse toute démarche menant à leur sécession de l’Espagne.

    Pour la Grande-Bretagne et l’Espagne, prime une approche légaliste fondée dans chacune des assises constitutionnelles de ces deux pays. Pour que ces approches ne soient pas leur chant du cygne, il n’y a de solution pour les Écossais et les Catalans que de contourner les fondements légaux en s’en créant.

    C’est ainsi qu’entendent procéder les Écossais et les Catalans en activant, en Écosse, une nouvelle consultation indépendamment de l’aval ou non de la Grande-Bretagne et, en Catalogne, une élection décisionnelle.

    Ces voies, si elles sont concluantes, auront une portée plus grande qu’un référendum parce que foncièrement elles vont créer une autorité politique sur les territoires concernés à la demande des futurs citoyens et des futures citoyennes de chaque entité définie comme un sous-produit de la Grande-Bretagne et de l’Espagne.

    En les empruntant, les Écossais et les Catalans apprendront aux Québécois et aux Québécoises qui font la promotion du psys du Québec comment procéder légalement et obtenir une légitimité sur la scène internationale, ce que ne fait pas le recours à un référendum.

    En cela, votre texte est plus qu’instructif. Il laisse entrevoir qu’il y a d’autres voies que la tenue d’un référendum possiblement en 2022 alors qu’il est possible d’agir dès 2018, même avant 2022 en s’inspirant de ce qui est en cours de gestation en Écosse et en Catalogne.

    • Yves Côté

      Yves CôtéAbonné
      14 février 2017 03 h 18

      Monsieur Bariteau, aujourd’hui je ne suis que partiellement d’accord avec vous.
      Ca n’arrive pas souvent, mais l’exception ne confirme-t-elle pas la règle ?Les deux élections, à mon avis nécessaires, ne suffiront toutefois pas à une proclamation d’indépendance reconnue internationalement de ces deux gouvernements, écossais et catalan. Pour que ces deux décisions soient acceptées comme valables, pour que les deux gouvernements puissent revêtir de manière indiscutable par les pays globaux desquels ils se diront indépendants de manière démocratique, il faudra qu’un référendum général entérine la Déclaration d’Indépendance préalable et ce, à majorité de 50 % plus un vote.
      Pourquoi ?
      Mais simplement parce que nous ne sommes plus aux 18 ou 19è siécles et que les conditions de reconnaissance internationale par les pays « qui pèsent » à cette échelle n’iront jamais politiquement jusqu’à s’opposer à la puissance économique, politique et même symbolique des deux pays qui y perdront des territoires et des électeurs payeurs d’impôts au profit d’un nouveau pays.
      En clair, pour moi l’obligation de tenir un référendum après une élection de gouvernement indépendantiste, même si ctte élection est dite « référendaire », repose sur le réalisme d’un monde contemporain qui cherche à garantir une certaine continuité de normalité dans ses relations internationales, plutôt que sur l’improbabilité très forte d’un monde aujourd’hui entièrement théorique qui accepterait le risque élevé que pourrait représenter une situation supplémentaire de conflit général entre deux (ou plus…) de ses membres.
      Autrement dit, pour nous Québécois et simplement en tant que Québécois moi-même qui n’a jamais été autre qu’indépendantiste, je pense que dans l’action politique, pour ne pas s’isoler sur la scène internationale et connaître les tourments économiques qui ne feront pas autrement que suivre, la modération dans le processus a toute sa place pour démontrer la fermeté de la décision de notre peuple.
  • Denis Paquette

    Denis PaquetteAbonné
    13 février 2017 12 h 31

    et vive les peuples
    les pays sont des royaumes qui ont dominés les plus faibles mais avec la création de l’europe il y a de fortes chances qu’ils revendiquent leur droits et leur pouvoirs, de toutes les facons les monarchies sont de moins en moins, la forme de pouvoirs
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